Les enjeux de la biodiversité

Le dernier rapport de l’IPBES, la plateforme intergouvernementale politique et scientifique sur la biodiversité et les services systémiques, vient d’être publié en juillet 2022. Créée en 2012, l’IPBES est en quelque sorte l’équivalent du GIEC pour la biodiversité. Cette publication est l’occasion de faire un point sur la biodiversité.

Quand on te dit biodiversité, tu penses à quoi ? Aux abeilles et aux pandas ? Elle est bien plus que cela. Elle est, littéralement, la vie. Elle assure non seulement notre bien être physique mais aussi notre bien être mental… bref, notre capacité à être vivant. Elle est irremplaçable. Pourtant, l’être humain la détruit. 

Aujourd’hui, le rythme d’extinction de la biodiversité est 100 à 1000 fois plus rapide que la moyenne des dernières 10 millions d’années. Mais peu de gens en parlent. Elle a été invisibilisée, réduite à une forme de décor de nos vies, rendue bon marché et sans valeur. Un des enjeux de notre temps : questionner notre rapport au reste du vivant, repenser la cohabitation. Au moins pour notre survie. 

Petit défi : sais-tu donner la définition de la biodiversité ?

La biodiversité est le tissu du vivant, elle se compose de 3 diversités : celles des écosystèmes, des espèces et des gènes… mais aussi la diversité des interactions !

  • La diversité des écosystèmes, c’est-à-dire des milieux de vie dans lesquels se trouvent du vivant, du non vivant (minéraux, l’eau, l’air, les pierres…) et des interactions. Par exemple, une prairie, une forêt tropicale, une mare ou même le microbiote de l’être humain où se trouvent des bactéries et des virus. 
  • La diversité des espèces. Deux individus sont de la même espèce quand ils ont des traits communs et une descendance fertile indéfiniment. La mule qui est le fruit d’une jument et d’un âne ne peut pas se reproduire. L’âne et la jument sont donc deux espèces proches mais différentes.

A ton avis, combien d’espèces avons-nous identifiées ? Plus de 2 millions (sans compter les bactéries !) : plus de 5000 mammifères, un million d’espèces d’insectes, près de 10 000 espèces d’oiseaux… et les chercheurs estiment le nombre d’espèces inconnues de 8 à 12 millions !

  • La diversité des gènes, c’est-à-dire la diversité des individus au sein d’une même espèce. Chaque individu est unique… On l’oublie souvent pour les insectes ! Pourtant chaque fourmi a ses caractéristiques propres. Cette diversité génétique permet à une espèce de mieux traverser les changements de son environnement et ainsi d’être plus résiliente. 

Ces trois diversités ne fonctionnent pas l’une sans l’autre : la biodiversité est dynamique, elle évolue sans cesse, et les espèces et les espaces ne sont pas séparés. Chaque perturbation dans un écosystème met en péril le reste de l’écosystème, par effet de cascade. 

En quoi la biodiversité est-elle indispensable à la vie ?

Les ⅔ de nos médicaments, les matières premières (bois, textiles, huiles, résines…), l’air que l’on respire et l’eau que nous buvons sont le fruit du labeur du vivantPar exemple, le sperme de hareng est l’un des premiers médicaments contre le VIH. L’aspirine est issue du saule blanc.

Nous ne sommes pas les seuls à en profiter ! Le reste du vivant a aussi besoin de se nourrir, de matières premières pour leurs habitats ou séduire des femelles. Les grands singes se soignent avec des plantes, une étoile de mer utilise les services d’une crevette pour couper son bras en cas de blessure, etc.

La biodiversité est aussi une source d’inspiration sans fin : musique (les 4 saisons de Vivaldi…), littérature (fables de La Fontaine, L’Appel de la Forêt de Jack London…) films (Princesse Mononoké…), les peintures (Claude Monet…), les logos (Ferrari…), et même du biomimétisme (l’étude de la peau du requin est à l’origine de combinaisons de natation particulièrement performantes, ainsi que d’un vernis pour le fuselage des avions.), etc.

L’être humain détruit la biodiversité

L’intensification des activités humaines pèse sur le reste du vivant. Agriculture, industrie, étalement urbain, homogénéisation des modes de vie, augmentation du transport… Nos activités impactent les écosystèmes, les espèces et les populations, de manière parfois irréversible. Par exemple, le prélèvement excessif des espèces, via la pêche, la surexploitation forestière, le braconnage, la surcueillette y participe. Les pollutions ou le déplacement d’espèces en dehors de leur milieu d’origine y contribuent également.

Le rapport de l’IPBES montre que la surexploitation d’espèces sauvages (animaux, algues, champignons, plantes, arbres…) constitue un danger pour des milliards d’êtres humains. Ce rapport est le fruit du travail de 85 experts des sciences naturelles et sociales, et détenteurs de connaissances autochtones et locales, ainsi que de 200 auteurs contributeurs, s’appuyant sur plus de 6 200 sources. Selon lui, 50 000 espèces sauvages répondent aux besoins de milliards de personnes dont près de 10 000 pour l’alimentation. 

La biodiversité et le climat sont étroitement liés

Le changement climatique est une des causes de l’érosion de la biodiversité. La biodiversité, quant à elle, renferme des solutions d’adaptation et des scénarios d’avenir.

Toutefois, lutter contre le changement climatique ne signifie pas toujours lutter contre l’érosion de la biodiversité. Il est aujourd’hui essentiel de traiter les deux sujets conjointement, car ils sont “inextricablement liés”, comme le soulignent l’IPBES et le GIEC. Leurs liens sont complexes, encore inconnus et imprévisibles. Traiter le changement climatique en omettant de prendre en compte la biodiversité, c’est prendre le risque de renforcer l’érosion du vivant de manière irréparable. 

L’IPBES et le GIEC travaillent ensemble sur un rapport dont le document de travail est disponible ici.

La préservation de la biodiversité est un sujet complexe

Chaque région a une biodiversité qui lui est propre. Certains écosystèmes, dans les îles par exemple, sont les réservoirs d’une biodiversité unique au monde, ce qui la rend d’autant plus fragile. Toute modification dans un écosystème peut avoir des effets de cascade insoupçonnés : il est donc difficile de faire des projections précises. Le comportement des espèces est imprévisible et souvent surprenant.

Tu as envie d’agir ? Voici quelques gestes pour t’inspirer

Relever la pression sur les causes de l’érosion par l’alimentation :

  • Arrêter de gaspiller
  • Varier ton alimentation
  • Végétaliser ton alimentation en diminuant ta consommation de viande et de poisson
  • Favoriser des pratiques agricoles vertueuses : agro écologie, agriculture régénératrice, régénération des sols…

Remettre du vivant autour de toi :

  • Planter des fleurs locales 
  • Tondre moins, laisser des abris pour les insectes ou les petits mammifères

Contribuer à la connaissance sur la biodiversité :

  • Participer au comptage d’oiseaux des organismes de protection des oiseaux (LPO en France) 
  • Participer à la connaissance et à la cartographie des espèces qui nous entourent comme l’Inventaire Nationale du Patrimoine en France

Cultiver l’émerveillement :

  • Regarder la nature, une fourmi, un moineau…
  • Regarder des reportages sur la biodiversité 

Faire la Fresque de la Biodiversité :

  • Tu peux découvrir, au travers de cet atelier ludique et collaboratif inspiré de la Fresque du Climat, l’aspect systémique de l’érosion de la biodiversité : ce qu’elle est, ce qu’elle permet et ce qui la dégrade.

Et toi, que souhaites-tu faire ?